Certaines soirées sont appréciables car elles sont vivaces, expressives, éreintantes. D’autres nous tiennent en haleine, semblent ne plus nous appartenir. Après un concert, par exemple. Les troisièmes soirées, en revanche, nous apprivoisent et finissent par nous happer. Nous ne sommes plus maîtres de nous-mêmes, mais seulement des pantins. Nous nous laissons guider par la surprise, la découverte, l’excitation de rencontrer pour la première fois un élément alors inconnu. Nous sourions tout d’abord. Puis, nous avons peur. Et enfin, la joie nous prend à nouveau, laissant alors place à la démonstration de soi. J’ai entendu la mixtape de Cosima pour la première fois il y a moins d’une semaine, mais l’alchimie fut sentie dès les premières secondes d’écoute. Les notes de piano et sa voix de velours vous emportent immédiatement. Vous vous imaginez déjà au coin du feu, avec un verre de blanc à la main (ou de jus de pomme si vous êtes d’humeur sobre), enfoui sous une couverture. Le regard perdu, je me crois alors invincible.

La mixtape de Cosima, South Of Heaven, respire la sérénité, le calme enchanteur. Elle symbolise cette brise qui vous caresserait la joue, sur la plage. Un instant placide, pondéré. Les morceaux s’enchainent, les émotions aussi. WYD entame l’album tout en douceur. On y parle d’un amour que l’on ne doit pas suivre, mais que l’on écoute quand même. D’une passion à sens unique, que l’on vit, que l’on envie. Concubines Call nous séduit par sa fougue sensuelle. Cette même attente, cet autre qui ne viendra jamais. Mais à la différence du premier, ici, on consume, on est cons et on assume. ‘L’amour, n’est-ce pas ce pour quoi tu es venu?

Vient ensuite Hymns For Him, un hommage à la distortion amoureuse. La voix de Cosima est tordue, déformée, tout comme ces relations véhiculées par la haine. On chante encore et encore pour qu’on nous entendre, mais rien y fait. La vie est une route à sens unique et  souvent perturbée par des feux rouges. Avec Girls Who Get Ready, on doute sur notre apparence. Suis-je assez bien pour plaire? Une question que nous nous posons quotidiennement. Celle qui amène à penser que nous avons plus de valeur si nous modifions nos habitudes pour fasciner. South Of Heaven résonne comme un appel à l’aide. On commence à douter des sentiments de l’autre, et réaliser que ces derniers sont intéressés et donc, non sincères. South Of Heaven, une autre manière de nommer l’enfer. Et on le ressent à l’écoute de la chanson, pesante et triste. Had To Feel Something est le morceau que j’aime peut-être le moins de cette mixtape. Et oui, il faut bien un point négatif. Après des morceaux aussi puissants que les précédents, je ne le trouve pas si pertinent. Un peu trop catchy à mon goût. Mais ce qui vient après rattrape ce dérapage. Supernova, septième et dernier morceau de l’EP, est juste magistral. Les accords, la voix, le refrain, les paroles. Profitons de notre jeunesse pour ne pas presser le pas, pour réfléchir à nos actes. And when they ask if you’ll come home , you tell them “the greatest dreams are chased alone”. Une véritable invitation au dépassement, à se trouver soi-même, de s’accomplir.

South Of Heaven de la britannique Cosima est ma mixtape du mois de février, sans aucune hésitation. Avec la St-Valentin qui nous pousse parfois à nous demander si nous ne serions pas plus heureux accompagnés, elle rappelle à juste titre que nous ne passerons toute notre vie qu’avec nous-mêmes (c’est une remarque que j’ai lu un jour et qui m’a énormément plu), que nous devons d’abord nous plaire avant de commencer à vouloir plaire aux autres. Un beau message que la musique nous délivre, encore une fois.