#prayforhumanity

Il est presque 3 heures du matin et l’actualité qui nous frappe quotidiennement m’a malheureusement inspirée pour l’écriture de ce nouvel article. Nous vivons dans un monde que nous maîtrisons de moins en moins. Il y a encore trois ans, le moindre évènement tragique nous semblait effroyable. Aujourd’hui, j’ai l’impression que nous banalisons ces actes avec, je dois l’avouer, une facilité déroutante. Un tweet ‘Soutien pour la Syrie, l’Angleterre et n’oublions pas la Thaïlande’, un hashtag #prayforhumanity et on cale l’affaire dans un coin de notre esprit. Et on passe à autre chose. Je ne dis pas que nous devons à tout prix ignorer cette part de crédulité qui nous incite à penser que ces atrocités cesseront un jour. L’humain (disposant d’une connexion Internet) développe des besoins. Avoir un téléphone à 600 euros, un ordinateur à 1000. Se procurer le dernier appareil photo 4K à la mode. S’informer à la seconde et de ce fait, ne jamais être rassasié. Nous avons donc également besoin de rassurer, et d’être rassurés. Et il est vrai que le doux monde que représente Internet et ses réseaux sociaux est un havre de paix pour certain(e)s, moi la première. Attention cependant aux dérives. A ces excès qui nous encouragent à toujours vouloir être au courant de tout le plus rapidement possible, à ne manquer aucune information. Prenez le temps d’apprécier ces rares instants d’ignorance face à un monde qui nous bouffe à petit feu. C’est le ressenti éprouvé à l’écoute de Is This The Life We Really Want, le dernier album de Roger Waters.

ROGER WATERS - IS THIS THE LIFE WE REALLY WANT

Est-ce vraiment cette vie que nous désirons?

Politique, engagé et terriblement pugnace, il invite à la réflexion sur ton environnement. Est-ce vraiment cette vie que nous désirons? L’ancien bassiste de Pink Floyd nous lance un réel avertissement. Des morceaux tel que The Last Refugee sont criants de vérité. L’atmosphère même dénote un mal-être intense de la part de l’artiste. La chanson qui a inspiré le titre de l’album est juste bouleversante. Elle parle de terrorisme, de journalisme, de Donald Trump, de la perte d’êtres chers … le tout avec une atmosphère grave et solennelle qui touche en plein coeur. Cet album ne se veut pas musical. Oui, c’est paradoxal. C’est bien plus que ça. Is This The Life We Really Want, c’est le médicament au goût immonde que tu dois absolument avaler pour aller mieux. Un objet ponctuel, davantage porté sur le pathos que sur la mélodie, que sur la technicité de l’art. C’est une oeuvre indispensable pour les êtres superficiels que nous sommes. Cet album aide à se concentrer sur l’essentiel. La Nature et l’écologie par exemple – ce qu’on peut entendre à l’écoute du morceau Déjà Vu. Cela faisait longtemps qu’un album ne m’avait pas bousculé de la sorte. Ma nature humaine se voit être questionnée. Purée, c’est vraiment ça que tu veux Jaël? Et si non, que veux-tu réellement? Vivre dans un monde porté par l’aversion, le conflit permanent? Les guerres sont un autre sujet qu’aborde Waters. La pochette de l’album me rappelle par ailleurs des fils barbelés, des tranchées. Un souvenir marquant puis que le père du bassiste, Eric Fletcher Waters, a perdu la vie en 44 alors qu’il exerçait en tant que Lieutenant. Une épisode de sa vie au coeur du travail accompli pour l’album The Wall (ainsi que le film sorti en 82). Roger a récemment adapté ces dires de l’époque aux guerres plus récentes que nous connaissons.

ROGER WATERS - IS THIS THE LIFE WE REALLY WANT

Cet album respire la joie de vivre. Dans une cave.   

Mince, c’est ce genre d’albums que tu aimes écouter, mais que tu détestes t’approprier. Je ne suis pas une fan absolue de la voix de Roger Waters en temps normal. Mais ici, cette dernière se marie parfaitement à la brutalité des propos énoncés. Il est encore plus vital que des artistes s’engagent de la sorte à l’heure où nous ne sommes plus vraiment sûrs des valeurs que nous souhaitons protéger. Au milieu de ces morceaux sombres, des notes plus positives comme cette ligne de basse introduisant Smell the Roses. Un morceau qui fait écho à Animals ou encore The Dark Side of The Moon (en particulier Time), des albums phares de Pink Floyd. La fin de Is This The Life We Really Want est légèrement trop à fleur de peau pour moi, mais ajoute une sensibilité au projet. Telle une colombe après le déluge, les trois derniers morceaux viennent essuyer les larmes pleurées. Un message d’espoir à demi-teinte puisque l’album se conclue avec Part of Me Died, une ballade énumérant à peu près tous les malheurs existants sur cette Terre. ‘Slaughter and sheep, Burning of books, Bulldozing of homes, Giving to targeted killing with drones, Lethal injections, Arrest without trial.’ Sympa. Il faut dire que le musicien s’est entouré d’individus qui respirent la joie de vivre, comme Nigel Godrich, producteur des albums de Radiohead depuis Ok Computer. Niveau joie de vivre, on repassera.

Is This The Life We Really Want ne cherche pas à être parfait, à l’image d’une société qu’il décrit comme dystopique. Les fans hardcore diront que l’album est moins puissant que son précédent(sorti il y a 25 ans, comme la fin de la saison deux de Twin Peaks, je dis ça, je dis vraiment rien mais quand même). Il est différent, car l’époque est différente. Le bassiste a eu raison de sortir ce projet percutant et dérangeant, dans le bon sens du terme. Bravo Roger.